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CDI intérimaire : ce que 4 161 CDI publiés par 14 agences révèlent
Le CDI intérimaire promet la stabilité d’un CDI sans quitter le monde de l’intérim. Mais qui en propose vraiment, pour quels métiers, et à quel prix ? Au 6 octobre 2026, les quatorze grandes agences d’intérim que nous suivons publient 4 161 offres en CDI, sur 27 031 annonces. Nous les avons passées au crible, métier par métier : le résultat contredit l’idée d’un CDI ouvert à tous les intérimaires. Voici ce qu’il dit, et ce que le contrat change pour vous.
Le CDI intérimaire, en quelques lignes
Le CDI intérimaire est un contrat à durée indéterminée signé avec une agence d’emploi, et non avec l’entreprise où vous travaillez. L’agence vous détache en missions successives chez ses clients et reste votre employeur entre deux missions. Il est né d’un accord de la branche du travail temporaire en 2013, et la loi du 5 septembre 2018 l’a inscrit durablement dans le Code du travail (articles L1251-58-1 et suivants).
Ce que le contrat change, par rapport à l’intérim classique :
- Vous êtes payé entre deux missions, au titre d’une rémunération mensuelle minimale garantie, qui ne peut être inférieure au SMIC ;
- vous perdez l’indemnité de fin de mission, la « prime de précarité » de 10 %, puisque votre emploi n’est plus précaire ;
- votre contrat fixe un périmètre de mobilité et les emplois que vous pouvez occuper : une mission conforme à ces termes ne se refuse pas comme en intérim classique ;
- une même mission ne peut dépasser 36 mois chez un même client.
Ces règles sont la partie connue du sujet. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est l’usage que les agences font réellement du CDI. Pour le savoir, nous avons regardé leurs offres.
Ce que publient les 14 grandes agences
Nous avons mesuré, le 6 octobre 2026, toutes les offres actives des quatorze réseaux d’intérim les plus présents dans notre index, toutes agences locales confondues. Le tableau les classe par volume :
| Agence | Offres | Dont CDI | Part de CDI |
|---|---|---|---|
| Adecco | 4 216 | 766 | 18 % |
| CRIT | 4 095 | 777 | 19 % |
| Manpower | 3 808 | 800 | 21 % |
| Randstad | 2 889 | 401 | 14 % |
| Synergie | 2 112 | 311 | 15 % |
| Proman | 1 947 | 142 | 7 % |
| Adéquat | 1 736 | 173 | 10 % |
| Actual | 1 707 | 286 | 17 % |
| Partnaire | 1 187 | 182 | 15 % |
| Start People | 899 | 115 | 13 % |
| Iziwork | 811 | 84 | 10 % |
| Gojob | 623 | 1 | 0 % |
| Triangle | 516 | 55 | 11 % |
| Temporis | 485 | 68 | 14 % |
Trois enseignements :
- Environ une offre d’agence sur sept est un CDI (15 %). Pas une exception, donc, mais loin de la règle : dans l’ensemble de notre index, le CDI pèse 46 % des offres ;
- Manpower, CRIT et Adecco publient à eux trois 2 343 CDI, soit 56 % des CDI d’agence mesurés ;
- Gojob n’en publie aucun, ou presque : un seul sur 623 offres. Proman, pourtant présent dans 100 départements, reste à 7 %.
Ces volumes sont des planchers : environ 12 % des offres de notre index ne nomment pas leur employeur, et une agence peut publier sans son nom.
La limite qu’il faut connaître : CDI intérimaire ou CDI chez le client ?
Une offre en CDI publiée par une agence peut recouvrir deux contrats très différents :
- un CDI intérimaire, signé avec l’agence, qui vous enverra en missions ;
- un recrutement en CDI pour le compte d’un client : l’agence trie les candidats, mais le contrat est signé directement avec l’entreprise, et l’agence sort du jeu.
Les données de diffusion ne distinguent pas les deux : le champ « type de contrat » indique « CDI » dans les deux cas. Les noms sous lesquels les agences publient le rappellent : « Adéquat Intérim et Recrutement » (260 offres), « Randstad Professional » (145), ou encore une agence Synergie qui signe ses annonces « Synergie Intérim CDD CDI ». Nous ne pouvons donc pas vous dire combien de ces 4 161 offres sont des CDI intérimaires. Ce que nous pouvons mesurer, en revanche, c’est pour quels métiers les agences publient du CDI. Et c’est là que le résultat devient instructif.
Le CDI d’agence va aux métiers qualifiés, pas à la manutention
Nous avons croisé les offres des cinq premières agences (Adecco, Manpower, CRIT, Randstad, Synergie) avec leurs principaux métiers, code ROME par code ROME. La part de CDI varie de 2 % à près de 50 % selon le poste.
Les métiers où l’agence propose le CDI
- Technicien de maintenance industrielle : 143 CDI sur 299 offres, soit 48 % (Adecco 54 sur 104, CRIT 42 sur 85, Synergie 26 sur 49, Randstad 21 sur 61) ;
- Agent d’entretien du bâtiment chez Manpower : 40 CDI sur 84 offres, 48 % également ;
- Usineur : 68 CDI sur 334 offres, soit 20 % ;
- Responsable de ligne de production chez Adecco : 15 sur 97, soit 15 %.
Les métiers où il reste exceptionnel
- Magasinier : 48 CDI sur 427 offres, 11 % ;
- Assistant administratif : 21 sur 259, 8 % ;
- Agent de conditionnement : 29 sur 642, moins de 5 % ;
- Assembleur monteur : 26 sur 712, 4 % ;
- Préparateur de commandes : 18 sur 598, 3 % ;
- Agent de production alimentaire : 11 sur 442, 2 % ;
- Manutentionnaire : 9 sur 417, 2 % ;
- Cariste : 7 sur 371, 2 %.
Comment lire cet écart
Le contraste est net : un technicien de maintenance a une chance sur deux de se voir proposer un CDI par l’agence, un cariste une sur cinquante. Notre lecture, que les données suggèrent sans la démontrer : les agences réservent le CDI aux profils rares, qu’elles veulent garder, ou qu’un client leur demande de recruter durablement. Les métiers de la logistique, où les candidats sont nombreux et les besoins fluctuants, restent dans le circuit de la mission.
Ce que cela change pour vous : si vous êtes cariste ou préparateur de commandes, attendre qu’une agence vous propose un CDI intérimaire est un pari faible. Mieux vaut viser le CDI directement chez un employeur : en grande distribution, par exemple, Super U publie 81 % de ses offres en CDI, et Lidl plus encore. Si vous êtes technicien, en revanche, vous êtes en position de le demander.
Ce que les annonces exigent dans les deux cas
Les compétences mesurées sur toute la famille de chaque métier confirment la différence de qualification. Le préparateur de commandes est décrit par deux gestes, « charger, décharger » (98 % des 1 246 offres mesurées) et « prélever selon les instructions » (97 %), puis plus rien au-dessus de 5 %. L’assembleur monteur, par quatre gestes de montage et de surveillance des machines, tous entre 97 et 99 % (609 offres). Ce sont des postes où l’on forme un nouvel arrivant en quelques jours. Le technicien de maintenance industrielle relève d’une qualification autrement plus longue à acquérir, et son salaire le reflète, comme le montre la partie suivante.
Le salaire : ce que vous gagnez, et ce que vous perdez
Le CDI intérimaire ne change pas votre taux horaire en mission : la loi impose de vous payer comme un salarié du client à poste égal. Il change ce qui s’y ajoute.
Les salaires affichés par les agences
Sur toutes leurs offres chiffrées, contrats confondus, les grandes agences affichent des médianes resserrées (brut mensuel, premier quartile / médiane / troisième quartile) :
- CRIT : 1 919 / 1 995 / 2 184 € (4 058 offres chiffrées) ;
- Synergie : 1 975 / 1 995 / 2 292 € (1 981) ;
- Manpower : 1 867 / 1 972 / 2 250 € (3 438) ;
- Randstad : 1 867 / 1 972 / 2 200 € (2 053) ;
- Adecco : 1 867 / 1 919 / 2 150 € (2 186) ;
- Proman : 1 867 / 1 917 / 2 048 € (1 917).
Pour les métiers où le CDI d’agence se rencontre le plus, l’écart est net : le technicien de maintenance industrielle affiche une médiane de 2 417 € chez Adecco (47 offres chiffrées), 2 292 € chez Synergie (48) et 2 199 € chez CRIT (84). L’agent d’entretien du bâtiment, 2 375 € chez Manpower (81). Le cariste, lui, plafonne à 1 919 € chez CRIT (131) et 1 888 € chez Adecco (59). Notre étude des salaires par métier situe ces montants dans l’ensemble du marché.
Le calcul de la prime de précarité
En intérim classique, chaque fin de mission vous rapporte une indemnité de 10 % de la rémunération brute de la mission. En CDI intérimaire, elle disparaît. Sur une médiane de 1 995 €, celle de CRIT, c’est environ 200 € brut par mois de mission que vous ne toucherez plus.
En échange, vous êtes payé quand vous ne travaillez pas. Le calcul dépend donc de votre rythme :
- si vous enchaînez les missions sans interruption, l’intérim classique vous rapporte davantage ;
- si vous connaissez des creux réguliers, de plusieurs semaines par an, la rémunération garantie entre deux missions peut compenser la prime perdue ;
- si vous cherchez un logement ou un crédit, le CDI pèse plus lourd que la différence de salaire auprès d’un bailleur ou d’une banque.
Pour convertir ces montants en net, notre convertisseur brut en net fait le calcul.
Comment obtenir un CDI intérimaire
Puisque l’agence le réserve aux profils qu’elle veut garder, le CDI intérimaire se gagne plus souvent qu’il ne se trouve dans une annonce. Cinq étapes :
- Repérez le mot exact. Une annonce qui mentionne « CDI intérimaire » ou « CDII » parle du contrat d’agence ; « CDI chez notre client » ou « recrutement » désigne un placement direct.
- Faites vos preuves en mission. L’agence propose le CDI à l’intérimaire dont les clients redemandent le nom.
- Tenez vos habilitations à jour. CACES, habilitations électriques, permis : ce sont elles qui vous rendent plaçable partout, donc rentable en CDI.
- Posez la question à votre chargé de recrutement. Après quelques mois de missions réussies, la demande est légitime, surtout dans un métier qualifié. Les règles d’une négociation salariale réussie s’y appliquent.
- Lisez le périmètre de mobilité avant de signer. C’est la clause qui décide de vos futurs trajets : une mission à l’intérieur de ce périmètre ne se refuse pas.
L’entretien d’inscription en agence se prépare comme un entretien d’embauche. Notre article sur l’entretien en agence d’intérim détaille les huit questions qui y décident du placement.
Les questions à poser avant de signer
- Quel est le montant exact de la rémunération mensuelle minimale garantie entre deux missions ?
- Quel est le périmètre de mobilité, en kilomètres ou en temps de trajet ?
- Quels emplois le contrat mentionne-t-il, et pourra-t-on vous proposer d’autres postes ?
- Comment sont gérés les congés payés et les formations pendant les périodes sans mission ?
Ces questions relèvent de la même logique que celles à poser à tout employeur : notre liste de questions à poser au recruteur vous aidera à compléter la vôtre. Et si vous changez de métier après 45 ans, l’intérim reste l’une des portes les plus larges, comme nous l’avons montré dans notre article sur la reconversion après 45 ans.
Vos questions sur le CDI intérimaire
Qu’est-ce qu’un CDI intérimaire ?
C’est un contrat à durée indéterminée signé avec une agence d’intérim, qui vous détache en missions successives chez ses clients. Entre deux missions, vous restez salarié de l’agence et percevez une rémunération mensuelle minimale garantie, au moins égale au SMIC. En contrepartie, vous ne touchez plus la prime de fin de mission de 10 %.
Quelles agences proposent des CDI ?
Au 6 octobre 2026, Manpower publie 800 offres en CDI, CRIT 777 et Adecco 766. À l’inverse, Gojob n’en publie qu’une sur 623 offres. Attention : une offre en CDI d’agence peut être un CDI intérimaire ou un recrutement direct chez un client ; lisez l’annonce et posez la question.
Peut-on refuser une mission en CDI intérimaire ?
Une mission qui correspond aux emplois et au périmètre de mobilité prévus par votre contrat ne se refuse pas librement : un refus injustifié peut vous être reproché. Une mission hors de ces termes, en revanche, peut être déclinée. D’où l’importance de lire ces clauses avant de signer.
Le CDI intérimaire est-il mieux payé que l’intérim ?
Non, à mission égale, il l’est un peu moins : vous perdez l’indemnité de fin de mission de 10 %, soit environ 200 € brut par mois sur un salaire de 1 995 €. Vous gagnez en revanche un salaire entre deux missions. Le CDI intérimaire devient avantageux si vous connaissez des périodes sans mission.
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